Ce tutoriel Tor Browser détaille, étape par étape, comment accéder au dark web depuis un ordinateur ou un téléphone : où télécharger le navigateur, comment vérifier qu'il est authentique, comment se connecter même si le réseau Tor est bloqué, quel niveau de sécurité choisir, puis comment ouvrir un site en « .onion ». La dernière partie présente les moteurs de recherche les plus connus du dark web avec leur adresse .onion, en précisant pour chacune d'où elle provient. Utiliser Tor est légal en France ; ce qui compte, c'est ce que vous en faites et les précautions que vous prenez.
Avant de commencer : ce que Tor fait, et ce qu'il ne fait pas
Tor fait transiter votre trafic par trois relais successifs, chacun ne connaissant que son voisin immédiat. Le site visité voit l'adresse IP du dernier relais, pas la vôtre, et votre fournisseur d'accès voit que vous utilisez Tor, pas ce que vous consultez. Les services onion vont plus loin : le site lui-même reste anonyme, son adresse IP n'est jamais exposée et la connexion est chiffrée de bout en bout, comme l'explique la documentation du projet Tor.
Tor ne protège pas contre vos propres erreurs : se connecter à un compte personnel, télécharger un fichier piégé ou installer une extension annule l'anonymat. Si la distinction entre web de surface, deep web et dark web n'est pas claire, notre article Internet, deep web et dark web : les différences pose les bases avant de passer à la pratique.
À retenir : Tor masque qui vous êtes et où vous allez ; il ne rend ni les sites ni les fichiers téléchargés inoffensifs.
Tutoriel Tor Browser, étape 1 : télécharger une version authentique
La seule source recommandée est le site officiel, download.torproject.org, en HTTPS. Des versions existent pour Windows, macOS, Linux et Android. Il n'existe pas de Tor Browser officiel pour iOS. Évitez les copies proposées sur des sites de téléchargement tiers : un installeur modifié est le moyen le plus simple de piéger un utilisateur du dark web avant même sa première connexion.
Si le site officiel est bloqué sur votre réseau, le projet Tor documente trois solutions de secours sur sa page de téléchargement :
| Méthode | Comment faire | Ce que vous recevez |
|---|---|---|
| Miroirs officiels | EFF (tor.eff.org) ou La Cebolla | Les mêmes fichiers que le site officiel |
| GetTor par e-mail | Écrire à gettor@torproject.org avec « windows », « osx », « linux » ou « android » dans le corps du message |
Un lien vers le paquet, sa signature, l'empreinte de la clé et la somme de contrôle |
| GetTor par Telegram | Envoyer /start au bot @GetTor_Bot, choisir la langue puis « Send me Tor Browser » |
Le fichier et sa signature |
Pour un usage professionnel (veille, investigation, réponse à incident), vérifiez la signature du fichier téléchargé en suivant la procédure « Verify Tor Browser's signature » de la documentation. Cette vérification confirme que le paquet a bien été signé par l'équipe du projet et qu'il n'a pas été altéré en chemin.
Étape 2 : installer et lancer le navigateur
Sur Windows, l'installeur propose un dossier de destination : Tor Browser est portable, il peut vivre sur une clé USB ou dans un dossier utilisateur sans droits administrateur. Sur macOS, glissez l'application dans le dossier Applications. Sur Linux, décompressez l'archive et lancez le script fourni. Sur Android, installez l'application depuis le site officiel ou le magasin d'applications.
Au premier lancement, une fenêtre de connexion s'affiche. Deux chemins sont possibles :
- Se connecter directement si votre réseau n'entrave pas Tor. C'est le cas de la grande majorité des connexions en France.
- Configurer la connexion si le réseau Tor est bloqué (réseau d'entreprise filtrant, pays censuré). C'est l'objet de l'étape suivante.
Étape 3 : passer par un pont si Tor est bloqué
Un pont (bridge) est un relais Tor non listé publiquement, donc plus difficile à bloquer qu'un relais classique. Les ponts utilisent des transports enfichables qui déguisent le trafic Tor : obfs4 le fait ressembler à des données aléatoires, Snowflake le fait passer par des volontaires sous l'apparence d'un appel vidéo.
Le projet Tor distribue des ponts via bridges.torproject.org et rappelle qu'ils peuvent aussi être obtenus par e-mail, par Telegram et directement depuis les paramètres de connexion de Tor Browser. En pratique, depuis le navigateur :
- Ouvrez les paramètres, section Connexion.
- Dans la rubrique des ponts, choisissez un pont intégré (obfs4 ou Snowflake) ou demandez-en un nouveau.
- Relancez la connexion.
Si vous n'êtes pas soumis à un blocage, n'utilisez pas de pont : ils sont moins nombreux et doivent rester disponibles pour ceux qui en ont réellement besoin.
Étape 4 : régler le niveau de sécurité
Tor Browser propose trois niveaux, accessibles par l'icône en forme de bouclier à côté de la barre d'adresse (sur Android : menu à trois points, « Privacy and security », puis « Security Level »). Le manuel officiel les décrit ainsi :
| Niveau | Ce qui change | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Standard | Toutes les fonctions du navigateur et des sites restent actives | Sites connus, usage courant |
| Safer (Plus sûr) | JavaScript désactivé sur les sites non HTTPS, certaines polices et symboles coupés, audio et vidéo en lecture sur clic | Exploration de sites inconnus |
| Safest (Le plus sûr) | JavaScript désactivé partout, polices, icônes et images limitées | Recherche sur le dark web, sources sensibles |
Le changement de niveau nécessite un redémarrage du navigateur. Pour explorer des sites .onion que vous ne connaissez pas, choisissez au minimum Safer, idéalement Safest : la plupart des attaques contre les utilisateurs de Tor reposent sur du JavaScript ou sur des contenus multimédias.
À retenir : n'agrandissez pas la fenêtre en plein écran et n'ajoutez aucune extension. Les dimensions de la fenêtre et la liste des extensions font partie de l'empreinte qui permet de distinguer un navigateur d'un autre.
Étape 5 : ouvrir un site .onion et vérifier la connexion
Saisissez l'adresse complète dans la barre d'adresse. Les adresses actuelles (version 3) comptent 56 caractères avant « .onion » ; les anciennes adresses de 16 caractères ne fonctionnent plus. Une seule faute de frappe suffit à rendre un site injoignable, d'où l'intérêt de copier l'adresse depuis une source fiable plutôt que de la recopier.
Plusieurs indicateurs confirment que tout se passe bien :
- une icône d'oignon dans la barre d'adresse indique une connexion à un service onion ;
- un oignon barré de rouge signale un script chargé depuis une URL non sécurisée, un oignon avec point d'exclamation signale un certificat douteux ou un contenu mixte ;
- une pastille violette « .onion available » apparaît quand un site du web de surface propose une version onion (fonction Onion-Location) ; un clic bascule vers celle-ci.
En cas d'échec, le navigateur affiche un code d'erreur documenté : 0xF0 ou 0xF2 pour un service introuvable ou hors ligne, 0xF3 pour un service occupé, 0xF6 pour une adresse invalide, 0xF7 pour un délai dépassé. Pour savoir si le problème vient de votre connexion ou du site, le projet Tor conseille de tester le service onion de DuckDuckGo : s'il s'ouvre, votre connexion fonctionne et c'est le site visé qui est indisponible.
Pour vérifier ce que voient les sites du web de surface pendant une session Tor, l'outil Mon adresse IP affiche l'adresse publique perçue : elle doit correspondre à un relais de sortie, jamais à votre adresse habituelle.
Les moteurs de recherche du dark web et leurs adresses .onion
Un moteur .onion n'est pas un Google du dark web : les index sont partiels, beaucoup de liens sont morts et les clones frauduleux sont fréquents. Le tableau ci-dessous distingue les adresses publiées par l'opérateur lui-même ou par le projet Tor, que vous pouvez utiliser avec confiance, des adresses seulement relayées par des guides tiers, à recouper avant usage.
| Moteur | Adresse .onion | Provenance de l'adresse | Particularités |
|---|---|---|---|
| Ahmia | juhanurmihxlp77nkq76byazcldy2hlmovfu2epvl5ankdibsot4csyd.onion |
Affichée sur ahmia.fi | Filtre les contenus d'abus, code ouvert, version web de surface |
| DuckDuckGo | duckduckgogg42xjoc72x3sjasowoarfbgcmvfimaftt6twagswzczad.onion |
Citée par la documentation Tor | Recherche le web de surface via Tor, n'indexe pas les sites .onion |
| Brave Search | search.brave4u7jddbv7cyviptqjc7jusxh72uik7zt6adtckl5f4nwy2v72qd.onion |
Annoncée par Brave | Même principe que DuckDuckGo, index indépendant |
| Torch | xmh57jrknzkhv6y3ls3ubitzfqnkrwxhopf5aygthi7d6rplyvk3noyd.onion |
Guides tiers uniquement | Un des plus anciens, aucun filtrage, disponibilité irrégulière |
| Haystak | haystak5njsmn2hqkewecpaxetahtwhsbsa64jom2k22z5afxhnpxfid.onion |
Guides tiers uniquement | Index volumineux auto-déclaré, fonctions avancées payantes |
Ahmia affiche lui-même un avertissement contre un clone qui intercepte le trafic : la bonne adresse commence par « juhanurmihxlp77 » et finit par « 4csyd.onion ». Ce réflexe vaut pour tous les moteurs : comparez toujours le début et la fin de l'adresse avec la source officielle.
D'autres moteurs sont régulièrement cités dans les comparatifs, par exemple OnionLand, Not Evil, Excavator ou Tor66. Cet article ne reproduit pas leur adresse, faute de publication vérifiable par leur opérateur. Notre guide Se connecter au dark web avec Tor détaille ce que chacun propose.
Services onion officiels utiles pour démarrer
Avant d'explorer des moteurs, quelques services onion publiés par leur éditeur permettent de tester sa configuration sans risque :
| Service | Adresse .onion | Source |
|---|---|---|
| Site du projet Tor | 2gzyxa5ihm7nsggfxnu52rck2vv4rvmdlkiu3zzui5du4xyclen53wid.onion |
onion.torproject.org |
| Téléchargement de Tor Browser | vczcbkhpkhcywcyuyd7rfhu4bebsyscp2qoeyyvjva3km5py5rpisdid.onion |
onion.torproject.org |
| Support Tor | rzuwtpc4wb3xdzrj3yeajsvm3fkq4vbeubm2tdxaqruzzzgs5dwemlad.onion |
onion.torproject.org |
| Ponts Tor | yq5jjvr7drkjrelzhut7kgclfuro65jjlivyzfmxiq2kyv5lickrl4qd.onion |
onion.torproject.org |
| Proton Mail | protonmailrmez3lotccipshtkleegetolb73fuirgj7r4o4vfu7ozyd.onion |
proton.me |
Des médias comme la BBC ou ProPublica publient aussi une version onion de leur site, destinée aux lecteurs des pays qui censurent Internet. Leur adresse s'obtient en visitant leur site sur le web de surface avec Tor Browser et en attendant la pastille « .onion available ».
Règles de sécurité à respecter
- Aucun compte personnel : ne vous connectez ni à votre messagerie, ni à vos réseaux sociaux depuis Tor Browser, sauf via le service onion officiel du fournisseur et avec un compte dédié.
- Aucun téléchargement depuis un site inconnu, et aucun fichier ouvert en dehors d'une machine isolée. Un document PDF ou Office peut appeler des ressources externes en dehors de Tor et révéler votre adresse IP.
- Aucune extension et pas de plein écran, pour conserver l'empreinte commune à tous les utilisateurs de Tor Browser.
- Mises à jour : Tor Browser signale les nouvelles versions ; appliquez-les sans attendre, les failles de navigateur sont l'un des vecteurs de désanonymisation les plus documentés.
- Environnement dédié pour un usage professionnel : machine virtuelle ou poste séparé, jamais la station de travail connectée au système d'information. Avant d'ouvrir un lien reçu dans un message, passez-le dans notre outil Analyser une URL suspecte plutôt que dans Tor Browser.
- Cadre légal : consulter le dark web est légal ; acheter, télécharger ou diffuser des contenus illicites ne l'est pas, quel que soit le réseau utilisé. Face à un contenu manifestement illégal, fermez la page et signalez-le sur la plateforme PHAROS.
Pour aller plus loin
Une fois Tor Browser maîtrisé, le dark web devient une source parmi d'autres pour la veille et l'investigation. Notre sélection d'outils OSINT gratuits couvre le web de surface, et l'outil OSINT sur domaine permet d'analyser un nom de domaine rencontré au cours d'une recherche. Pour une recherche très sensible, le projet Tor propose Tails, un système complet qui démarre depuis une clé USB et fait passer toutes les connexions par Tor.
Sources
- Services onion : fonctionnement, icônes et codes d'erreur, support du projet Tor
- Télécharger Tor Browser, miroirs et GetTor, support du projet Tor
- Niveaux de sécurité de Tor Browser, manuel du projet Tor
- Adresses onion officielles du projet Tor
- Obtenir des ponts, BridgeDB, projet Tor
- Ahmia, moteur de recherche .onion
- Brave : nouvelles adresses onion du site et de Brave Search
- Proton Mail via Tor